Contre-expertise du bilan carbone du granit de Chine de la place de la mairie

A la suite des critiques des Verts contre la réfection de la place de la mairie en pavés chinois, le maire de Clamart s’est appuyé sur deux documents : une attestation de respect des droits des travailleurs chinois et un bilan carbone assez neutre.

Croire que les certificats de travail éthique en chine sont sincères rajoute à notre tristesse. Les rapports des ONG en charge des droits de l’homme confirment régulièrement le contraire.

Quant au bilan carbone, la contre analyse ci-dessous démontre une erreur de 300% dans les estimations municipales.

 

Un raisonnement faux :

La comparaison faite entre les deux options est basée sur la notion de « facteur d’émission » par tonne de granit transportée et par km parcouru, soit, selon le rapport présenté :

 

* 365 g éq.CO2 / km par tonne de pavés en granit transportée par route

* 37,411 g éq.CO2 / km par tonne de pavés en granit transportée par cargo

 

Le raisonnement s’appuie sur ces 2 facteurs, pour les multiplier par les kms parcourus, et ensuite les comparer entre eux pour aboutir à un écart de 16%, sans ne donner aucune valeur d’incertitude sur les résultats obtenus !

Cette comparaison, d’allure scientifique, voudrait donc dire, pour être valide, que les émissions de CO2 augmentent linéairement en fonction du tonnage de granit transporté. En effet, cette comparaison ne prend nullement en compte le tonnage total transporté. Or il n’en est rien ! Les facteurs d’émissions dépendent du tonnage transporté et de bien d’autres facteurs non pris en compte dans cette soi-disant « étude ».

 

Le tonnage, par exemple, a un impact très important dans la comparaison des deux scenarii car les facteurs d’émission dépendent eux même de ce tonnage ! En effet, ces facteurs utilisés dans les tableurs de l’ADEME (méthodologie française de réalisation des Bilan Carbone depuis 2003) ne sont pas les mêmes, que ce soit pour le transport par route ou par voie maritime, en fonction du type de camion utilisé, du type de conteneur, du taux de remplissage, du taux de retour à vide etc …Par exemple, le facteur d’émission du camion varie entre 260 et 1200 kéq.CO2/km dans le tableur de l’ADEME en fonction du « Poids Total A Charge » du camion !

 

Un manque de transparence :

Lors de la réalisation d’un Bilan Carbone, comme dans tout exercice scientifique digne de ce nom, il est demandé par l’ADEME de formaliser explicitement, toutes les hypothèses prises (citées plus haut) afin de justifier les incertitudes sur les données utilisées, sur les méthodologies de calcul et sur les facteurs d’émission choisis. Or aucune de ces données et hypothèses ne sont explicites, ce qui ne facilite pas la discussion et les prises de décision éclairées.

 

Une analyse très incomplète sur le plan environnemental et social : Le critère Carbone n’est pas le seul critère environnemental à prendre en compte pour évaluer l’impact environnemental d’une décision. Les effets sur la bio-diversité, sur la pollution des sols, de l’eau, de l’air, la santé doivent aussi être intégrés. Or, cette décision ayant été prise sans concertation, il a été impossible d’évaluer ces impacts environnementaux réels. Le critère environnemental a aussi totalement ignoré tout au long de la vie du chantier. Les approvisionnements du chantier sont certes importants, mais quid de la fin de vie des déchets de chantier par exemple ? Ont ils été incinérés, enfouis, recyclés ?

 

Le critère social dans le choix du fournisseur a lui aussi très totalement négligé et ce n’est pas un certificat du fournisseur Chinois qui suffira à le rendre crédible.

 

L’écart de 16% évalué par le rapport est erroné. Nous avons pu refaire les calculs en utilisant la méthodologie de l’ADEME, aidé d’un cabinet spécialisé. Si nous prenons :

 

* des hypothèses de tonnage, transmises par les services techniques,

* des hypothèses statistiques, provenant du «guide des facteurs d’émission de l’ADEME», concernant le type de cargo maritime utilisé, les taux de remplissage des camions, les PTAC des camions,et les taux de retour à vide.

 

Nous établissons un écart moyen défavorable au scénario Chinois de 50% (avec une incertitude de +/-10%) et non de 16% !

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