Hommage à Claire Villiers

Hommage à Claire Villiers

 

La mort est toujours l’occasion de revenir sur ce que l’on a vécu aux heures où celui ou celle que l’on pleure était encore en vie.

La première fois que j’ai vu Claire Villiers, elle trinquait à la victoire de la gauche aux régionales de 2004, et s’apprêtait à mener au sein du Conseil régional d’Ile de France, en tant que Vice-présidente, quelques combats qu’elle comptait bien gagner. Elle avait fait le pas, elle était passée au politique comme on dit, après des années de luttes syndicales et d’engagement dans les collectifs de lutte contre le chômage et pour les droits des chômeurs.

La dernière fois que je l’ai vue, c’était aux Journées d’été du Rassemblement des écologistes, en août dernier. Elle intervenait dans une table ronde sur les Etats généraux de l’emploi que notre mouvement avait lancé. Elle nous disait la spirale infernale de la précarisation, de la culpabilisation. Elle rappelait la lassitude, l’épuisement des salariés de Pole emploi souvent eux-mêmes maltraités, sentant sur eux et sur ceux qu’ils étaient censés aider, l’étau du libéralisme se refermer. Elle réaffirmait son espoir qu’uni dans la lutte, le peuple de gauche arriverait, avec les citoyens à ses côtés, à changer les choses. Mais elle était fatiguée, ne sachant plus, pour la première fois, où il était plus utile de concentrer ses forces.

En presque 10 ans, je ne l’ai jamais vu nier les réalités. Ni celle de sa maladie qu’elle a toujours regardée en face, au gré des traitements qui échouaient, ni celles de notre société, de ses injustices, de ses inégalités. Elle a porté la Démocratie au sein du Conseil régional, comme elle a porté les luttes contre le chômage et la précarité, avec sincérité, lucidité et optimisme.

D’aucun diront que ses batailles ont été vaines, d’autres qu’elles ont eu le mérite d’exister. Elles étaient nécessaires et restent inachevées. Selon les vrais chiffres du chômage, et non pas ceux tronqués que Christine Lagarde se plait à commenter, ce sont presque 6 millions de personnes qui sont aujourd’hui sans emploi, et si plus d’un million sont privées de domicile personnel, on ne parlera cette année encore que des quelques SDF qui vont mourir de froid.

Il nous revient, en sa mémoire, de continuer à lutter. A affirmer sans cesse que si, il y a bien une différence entre la droite et la gauche, et qu’elle consiste à se satisfaire, ou pas, de l’ordre social tel qu’il est. Si la droite se plaît à croire et à faire croire que « quand on veut on peut », comme si le mérite était un don personnel ou une qualité, Claire Villiers et ceux de cette gauche qui luttait à ses côtés savent bien, eux, que pour certains, avoir du mérite ou ne pas en avoir, se lever tôt ou se lever tard, ne change presque rien. Et que pour échapper aux inégalités et aux discriminations sociales, il ne suffit pas de le vouloir.

L’annonce du décès de Claire était accompagnée d’un vers de René Char qui lui va bien et qu’au nom de mon groupe qui ce soir lui rend hommage, je voulais rappeler :

« Ce qui vient au monde pour ne rien troubler, ne mérite ni égards ni patience ».

 

Vanessa Jerome, élue municipale EELV, adjointe au développement économique

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